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Découverte d'un édifice roman du XIIe siècle à Bordeaux
 
LE MONDE | 20.08.03 | 12h25
 
Un chantier a révélé le porche de la cathédrale Saint-André
franchi par Aliénor d'Aquitaine.
 
Bordeaux correspondance
 
Il a suffi que les ouvriers engagés sur le chantier du tramway
bordelais creusent la place Pey-Berland de 30 centimètres,
tout près de la cathédrale Saint-André, pour mettre au jour
les restes d'un édifice- clé dont aucune chronique médiévale
ne fait mention.  "Les ouvriers ont commencé par trouver des
tombeaux, puis ils ont dégagé les premiers piliers et nous avons
fait arrêter les travaux", résume Dany Barraud, conservateur
en chef du patrimoine à la direction régionale des affaires
culturelles en Aquitaine. L'ensemble est impressionnant.
 
UN MUR DE CRÂNES ET DE TIBIAS
 
A plus de 2 mètres de profondeur et sur 150 mètres carrés de
superficie, quatre piliers de 1,80 mètre composent les bases de
ce qui a probablement été la tour-porche ou le porche roman de
la cathédrale Saint-André au XIIe siècle. Il ne s'agit pas de
ruines résultant de dévastations guerrières, mais d'un chantier
de démolition parfaitement organisé qui remonterait au XIIIe
siècle. Ainsi, un mur maçonné ferme cet enclos à hauteur des
piliers tranchés à l'horizontale. L'alignement des dalles et la
rectitude des murs évoquent l'impressionnante conservation de
certains sanctuaires de la Rome antique.
 
Le passage des siècles a charrié son lot de fantaisies macabres.
Il en va ainsi des carcasses de sarcophages entassées les unes sur
les autres à la périphérie de ce rez-de-chaussée dont un côté de
la partie centrale est constitué par l'entassement de dizaines de
crânes, mâchoires, tibias et autres os brisés sur plus de 1 mètre
de hauteur. "Une fois fermé, ce porche est devenu une nécropole,
probablement à partir du XIVe siècle. Il était de bon ton au
Moyen Age de se faire enterrer sous l'entrée des églises et des
cathédrales, afin d'être piétiné par le peuple de Dieu. Il y a eu
ensuite encore d'autres travaux, au même endroit mais beaucoup
plus tard. Les sarcophages ont alors été vidés et les morts entassés
pour gagner de la place", explique Philippe Araguas, professeur
d'histoire et d'archéologie à l'université Bordeaux-3.
 
Juste à côté de ces squelettes, un mur peint laisse entrevoir le
profil d'une barque dorée portant un corps allongé dont les deux
mains croisées apparaissent. "Comme la tête était introuvable,
cela nous a posé problème. Nous en avons discuté, et il s'agit
très probablement d'une représentation de saint Jacques, qui a
été décapité et que l'on décrit comme allongé sur une barque,
sans voile ni rame après son martyre", explique Dany Barraud.
 
La mise au jour des bases de cet impressionnant porche roman
relance Bordeaux dans l'architecture religieuse du XIIe siècle.
"Auparavant Bordeaux était loin derrière les cathédrales
romanes de Poitiers et Périgueux. Avec cette découverte, tout
change : c'est une réalisation du niveau de ce que l'on peut voir
à Poitiers. Ce porche, c'est précisément l'entrée qu'a empruntée
Aliénor d'Aquitaine quand elle s'est mariée, en 1137, avec Louis
VII, roi de France", souligne Philippe Araguas.
 
AUCUNE TRACE DOCUMENTAIRE
 
Pourtant, les travaux de conservation menés par les archéologues
de l'Inrap (Institut national de recherches archéologiques
préventives) sont sans ambiguïté : quelque chose a mal tourné.
L'archéologue chargée des mesures n'a pas besoin d'en rajouter.
Les lignes qu'elle a tracées au crayon noir sur les murs du porche
montrent, de façon instantanée, l'écart qui s'est creusé entre le
plan horizontal et le bâtiment. Dix, peut-être quinze degrés de
gîte : ce superbe rez-de-chaussée piquait dangereusement du
nez. "Impossible de dire que c'est pour cette raison qu'il a été
rasé, nous n'en savons rien", lance Philippe Araguas. Mais un
détail l'intrigue. De ce porche monumental il ne reste aucune
trace documentaire.
 
"Seul un texte médiéval évoquant le clocher neuf de la cathédrale
Saint-André fait allusion à ce porche, qui portait sans doute une
cloche. Nous allons relire tous nos documents du XIIe siècle au
travers de cette découverte." En attendant, le site sera remblayé
avec du sable et bâché à la fin du mois d'août. Il faudra attendre
le mois de septembre pour savoir comment cette découverte,
plantée juste devant l'entrée principale de la cathédrale, pourra
être mise en valeur. Philippe Araguas aimerait bien voir la
passerelle de bois, qui sert à enjamber le site archéologique,
maintenue. "Quand Aliénor s'est mariée, la cathédrale romane
était aussi en chantier. Je ne serais pas surpris qu'elle ait
emprunté une sorte de passerelle placée dans le même axe",
lance-t-il. - (Intérim.)
 
• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 21.08.03
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mata kimasitayo
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     non ridere, non lugere,
     neque detestari, sed intelligere.  
     -- b. spinoza
     (tractatus politicus, cap. I, par. 4)
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