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medieval-religion: Scholarly discussions of medieval religion and culture

http://www.lemonde.fr/article/0,5987,3244--331050-,00.html

Découverte d'un édifice roman du XIIe siècle à Bordeaux

LE MONDE | 20.08.03 | 12h25 

Un chantier a révélé le porche de la cathédrale Saint-André 
franchi par Aliénor d'Aquitaine.

Bordeaux correspondance

Il a suffi que les ouvriers engagés sur le chantier du tramway 
bordelais creusent la place Pey-Berland de 30 centimètres, 
tout près de la cathédrale Saint-André, pour mettre au jour 
les restes d'un édifice- clé dont aucune chronique médiévale 
ne fait mention.  "Les ouvriers ont commencé par trouver des 
tombeaux, puis ils ont dégagé les premiers piliers et nous avons 
fait arrêter les travaux", résume Dany Barraud, conservateur 
en chef du patrimoine à la direction régionale des affaires 
culturelles en Aquitaine. L'ensemble est impressionnant.

UN MUR DE CRÂNES ET DE TIBIAS

A plus de 2 mètres de profondeur et sur 150 mètres carrés de 
superficie, quatre piliers de 1,80 mètre composent les bases de 
ce qui a probablement été la tour-porche ou le porche roman de 
la cathédrale Saint-André au XIIe siècle. Il ne s'agit pas de 
ruines résultant de dévastations guerrières, mais d'un chantier 
de démolition parfaitement organisé qui remonterait au XIIIe 
siècle. Ainsi, un mur maçonné ferme cet enclos à hauteur des 
piliers tranchés à l'horizontale. L'alignement des dalles et la 
rectitude des murs évoquent l'impressionnante conservation de 
certains sanctuaires de la Rome antique.

Le passage des siècles a charrié son lot de fantaisies macabres. 
Il en va ainsi des carcasses de sarcophages entassées les unes sur 
les autres à la périphérie de ce rez-de-chaussée dont un côté de 
la partie centrale est constitué par l'entassement de dizaines de 
crânes, mâchoires, tibias et autres os brisés sur plus de 1 mètre 
de hauteur. "Une fois fermé, ce porche est devenu une nécropole, 
probablement à partir du XIVe siècle. Il était de bon ton au 
Moyen Age de se faire enterrer sous l'entrée des églises et des 
cathédrales, afin d'être piétiné par le peuple de Dieu. Il y a eu 
ensuite encore d'autres travaux, au même endroit mais beaucoup 
plus tard. Les sarcophages ont alors été vidés et les morts entassés 
pour gagner de la place", explique Philippe Araguas, professeur 
d'histoire et d'archéologie à l'université Bordeaux-3.

Juste à côté de ces squelettes, un mur peint laisse entrevoir le 
profil d'une barque dorée portant un corps allongé dont les deux 
mains croisées apparaissent. "Comme la tête était introuvable, 
cela nous a posé problème. Nous en avons discuté, et il s'agit 
très probablement d'une représentation de saint Jacques, qui a 
été décapité et que l'on décrit comme allongé sur une barque, 
sans voile ni rame après son martyre", explique Dany Barraud.

La mise au jour des bases de cet impressionnant porche roman 
relance Bordeaux dans l'architecture religieuse du XIIe siècle. 
"Auparavant Bordeaux était loin derrière les cathédrales 
romanes de Poitiers et Périgueux. Avec cette découverte, tout 
change : c'est une réalisation du niveau de ce que l'on peut voir 
à Poitiers. Ce porche, c'est précisément l'entrée qu'a empruntée 
Aliénor d'Aquitaine quand elle s'est mariée, en 1137, avec Louis 
VII, roi de France", souligne Philippe Araguas.

AUCUNE TRACE DOCUMENTAIRE

Pourtant, les travaux de conservation menés par les archéologues 
de l'Inrap (Institut national de recherches archéologiques 
préventives) sont sans ambiguïté : quelque chose a mal tourné. 
L'archéologue chargée des mesures n'a pas besoin d'en rajouter. 
Les lignes qu'elle a tracées au crayon noir sur les murs du porche 
montrent, de façon instantanée, l'écart qui s'est creusé entre le 
plan horizontal et le bâtiment. Dix, peut-être quinze degrés de 
gîte : ce superbe rez-de-chaussée piquait dangereusement du 
nez. "Impossible de dire que c'est pour cette raison qu'il a été 
rasé, nous n'en savons rien", lance Philippe Araguas. Mais un 
détail l'intrigue. De ce porche monumental il ne reste aucune 
trace documentaire.

"Seul un texte médiéval évoquant le clocher neuf de la cathédrale 
Saint-André fait allusion à ce porche, qui portait sans doute une 
cloche. Nous allons relire tous nos documents du XIIe siècle au 
travers de cette découverte." En attendant, le site sera remblayé 
avec du sable et bâché à la fin du mois d'août. Il faudra attendre 
le mois de septembre pour savoir comment cette découverte, 
plantée juste devant l'entrée principale de la cathédrale, pourra 
être mise en valeur. Philippe Araguas aimerait bien voir la 
passerelle de bois, qui sert à enjamber le site archéologique, 
maintenue. "Quand Aliénor s'est mariée, la cathédrale romane 
était aussi en chantier. Je ne serais pas surpris qu'elle ait 
emprunté une sorte de passerelle placée dans le même axe", 
lance-t-il. - (Intérim.)

. ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 21.08.03
___ .

mata kimasitayo
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     non ridere, non lugere, 
     neque detestari, sed intelligere.   
     -- b. spinoza 
     (tractatus politicus, cap. I, par. 4)
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